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| CRÉOLE :: RUDIMENTS DE GRAMMAIRE |
Les
substantifs sont du même genre qu'en portugais. Cependant, même s'il
existe, le genre n'est généralement pas
marqué.
L'article
défini (le, la, les) est omis.
L'article
indéfini (un, une) est toujours "um":
M'krê
um kafé. Je voudrais un
café.
M'krê
um cerveja. Je voudrais une
bière.
L'article
partitif (du, de la, des) se résume à la préposition
"de":
Um
kop' d'ága. Un verre
d'eau.
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| Vous et les autres: les pronoms personnels |
Mim
: je (on entend à peine le {m} final)
Bô: tu (rendez-vous compte, quel beau pays que celui-là où l'on s'adresse à vous en vous appelant "beau"...). Le vouvoiement existe mais on ne vous en voudra pas de n'employer que le tutoiement.
Ele
: il (prononcer presque comme il en français, mais souvent, on ne perçoit plus que le "l".)
Ela
: elle (prononcer presque comme
elle
en français, mais en prononçant nettement le dernier {e} comme
'è', toutefois, là aussi, dans la plupart des cas, la voyelle va
disparaître dans le flot de la phrase).
Você/Bocê
: vous du vouvoiement.
Nos:
nous (prononcer 'noch' o ouvert, comme dans Juliette
Binoche).
Bzot
/
Bucis
: vous quand on s'adresse à
plusieurs personnes. La première tournure vient du français
"vous
autres", encore employé parfois
dans nos campagnes. Le 'o' a gardé le même son que dans
"autres".
Ès
: ils
ou elles (prononcer comme la fin de
flèche en allongeant le 'è')
La
conjugaison est réduite à sa plus simple expression : la forme
verbale ne varie pas, quelle que soit la personne.
Ex.
M'krê
je
veux, Bô
krê tu
veux, No
krê nous
voulons, Bzot
krê vous
voulez, Ès
krê ils veulent.
Et
vous constaterez vite que les pronoms personnels, quand ils sont employés
avec un verbe, sont souvent réduits à une seule
consonne.
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| Les pronoms personnels compléments |
Ce
sont les mêmes que ceux que nous avons vus au
1er chapitre. Toutefois, étant complément, ils changent de position :
ils sont placés après le verbe. Et changeant de position, leur
prononciation peut être un peu modifiée.
1ère pers. : Bo
txama'm? Tu
m'as appelé?
2èmepers. : Si', M'
txamo'b. Oui, je t'ai appelé.
Il
s'agit là d'un changement phonétique caractéristique du
créole et fréquent, je m'attarderai donc un peu dessus. Si vous
observez bien l'exemple ci-dessus, vous remarquerez deux choses :
a) le pronom bô est réduit à sa seule consonne {b} (qui se prononcera plutôt "p" dans ce cas).
b) le {a} en finale du verbe est devenu {o} (o ouvert, comme dans l'onomatopée "hop" en français).
Quelques
exemples à partir des verbes que nous connaissons déjà:
Voir: oiá
M'
oiá j'ai
vu
M'
oio'b je t'ai
vu
Aont, m' oio'b na Laginha Hier, je t'ai vu à Laginha
Regarder: spiá
M'spiá j'ai regardé
m' spio'b je t'ai regardé
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Si vous avez des connaissances en espagnol ou en portugais, vous connaissez les
deux verbes "être". L'un correspond à la nature, à l'essence, à un état définitif de la personne ou de l'objet dont il est question (ser en portugais), l'autre à un état temporaire ou passager (estar en portugais).
Mi'
é francês. Je suis
français.
Nos
é d'Paris. Nous sommes de Paris.
(prononcer Pêrich)
Bô ta bom? Tu vas bien? Tu es bien?
Ta tud' drett' ! Tout va bien !
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| Hier, aujourd'hui et demain: les temps des verbes |
Là
non plus, peu de difficultés.
En
règle générale, le
verbe lui-même ne change pas selon le temps (vous aurez compris qu'il y a
quelques règles particulières...). Par contre, on va marquer le
changement de temps par l'adjonction d'un auxiliaire avant le verbe (donc entre le pronom et le verbe).
On distingue 3 formes différentes :
- le verbe seul: correspond au passé.
M'
baí pa Sintanton Je suis
allé à Santo
Antão.
Aont' m' ouvi Bau na Café Musique
Hier, j'ai entendu Bau au Café Musique.
- le verbe précédé de ta: correspond au présent, ou au futur si un complément de temps le précise :
Manha m'ta baí. Je pars demain. Je partirai demain.
M' ta spiá Je regarde.
Remarque: l'auxiliaire "ta" est souvent atrophié, on le prononcera alors "t'". On ne dira pas "bô ta fala" mais "bo t'fala".
- le verbe précédé de ti ta
correspond au présent immédiat, "être en train de".
M'ti ta baí. Je m'en vais, je pars
à l'instant.
Bô ti t' ouvi ! Tu entends !
Remarque:
Il existe aussi des formes équivalentes à nos passés
composé et plus que parfait, utilisés pour marquer l’aspect
accompli d’une action. Il se compose de l’auxiliaire être et
du participe passé.
Le participe passé se forme :
- pour les verbes en -a, en remplaçant la terminaison par -od'.
(transformation phonétique du "-ado" portugais, cf. "La
prononciation").
kançá
(se fatiguer) >> M'ta kançod'
Je suis
fatigué.
konvidá
(inviter) >>
Bô ka foi
konvidod' Tu n'as pas été
invité.
ptá
(mettre, poser, jeter) >>
Ja l' t' ptod'
leite. J'ai déjà mis du lait
baí
(aller) >>
M' tinha bod'
pé Salamança...
Je suis allé à
Salamança.
-
pour les verbes en -é, en remplaçant la terminaison par
-id'. entendé
(comprendre)
>>entendid'
compris
konxé
(connaître) >>
konxid'
connu.
-
quelques irréguliers
: po
(mettre) >>
puxt mis (prononcer "poucht")
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Il
s'agit là de quelques exceptions, le passé étant
généralement la forme de base du verbe (cf. §5). Toutefois
les exceptions existent et elles concernent principalement les verbes être, avoir, vouloir et pouvoir.
être (estar)
>> tava
Aont m'tava na
Baía. Hier j'étais à
Baía.
M'tava t'
s'nhá. J'étais en train de
rêver.
M'tava ta bai. J'étais sur le point de partir.
>> tive
M'tive três dié na Sintanton.
J'étais, je suis resté 3
jours à Santo
Antão.
>> stode
M'stode na Holanda. J'étais, j'ai habité en Hollande
Comme
vous le constatez, il existe trois formes différentes du passé du
même verbe être. La distinction n'est pas toujours simple :
La
première
"m'tava"
correspond à un passé proche et à un état ponctuel.
La
deuxième
"m'tive"
correspond à un passé plus éloigné, plus
indéterminé et surtout de durée plus étendue dans le
temps.
La
troisième
"m'stode"
correspond à un passé éloigné lui aussi mais
à une longue durée. On pourrait le traduire par
j'ai
habité,
j'ai
résidé.
être (ser)
>> foí
Jantar foí
sab'. Le dîner fut
bon.
>> era
L'era bom
rapaz. C'était un bon
garçon.
avoir (ter)
>> tinha
L' tinha k'
baí. Il a dû partir.
pouvoir (podê)
>> pud' poud'
M' ka pud' baí. Je n'ai pas pu y aller.
savoir (sabé)
>> sub' soub'
M'ka sub'. Je ne savais pas, je n'ai pas su.
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L'impératif
est on ne peut plus simple. Il s'agit de la forme verbale de base, sans pronom
personnel.
Baí! baille! Va !
Bem li! bé li! Viens là !
Baí, bô bem! baille, bo bé! Va et reviens (vite)!
Da'm um pontch, d'favor! Donne-moi un punch, s'il te plait.
Dxa'm tségod'! dcha'm tsédott'! Laisse-moi tranquille !
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Le
système des temps du créole est extrêmement
simplifié. On rencontre toutefois encore un temps formé sur la
base du subjonctif et qui exprime l'hypothétique, c'est à dire le
fait qu'une action n'est pas encore réalisée, mais qu'elle est
susceptible de se réaliser. Nous avons rencontré ce temps
uniquement pour les auxiliaires être et avoir.
For (être)
Kond' bô for
grand... Quand tu seras
grand.
Tiver (avoir)
Kond' bô tiver temp' Quand tu auras le
temps.
Dia k' m tiver d'nher... Le jour où j'aurai de l'argent...
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Il y a deux formes de négation possible :
"ka"
ou
"ne"
M'
ka t' fala kriol' Je ne parle pas
créole.
M'
ka t'entendé Je ne comprends
pas.
M'
ka t'entendé nada Je ne comprends
rien.
Mi
n'é francês, mim é
alemon. Je ne suis pas français,
je suis allemand.
Bo
n'é drett de kabessa ! Tu es fou !
Ça va pas la tête !
Remarques:
1. La négation "ne"
est plus caractéristique de Santo Antão ou de São Nicolau. La négation "ka" est plus caractéristique de Santiago et des îles sous le vent (Sotavento). A Mindelo, on entend les deux.
Sotavento (Praia) : É ka mi. Ce n'est pas moi.
Barlavento (Mindelo) : N'é mi. Ce n'est pas moi.
Mindelo: M' ka sabé. Je ne sais pas.
Santo Antão: Mi n'sèb. Je ne sais pas
2. Les adverbes
"nada" (rien) et "ninguem" (personne, prononcé "ninngué") sont, comme dans la négation en français, doublés par "ka".
Mi ka t'oïa nada. Je ne vois rien.
Ka t' ninguem na kasa? Il n'y a personne à la maison?
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| La syntaxe: un désordre bien ordonné |
Dans ses grande lignes, la syntaxe du créole n'est pas très
différente de celle du français ou du portugais, avec toutefois
certaines simplifications qui peuvent perturber notre esprit
cartésien.
a) La
phrase simpleconnaît la structure Sujet/Verbe/Complément.
L'oiá'm na praça. Il m'a vu sur la place.
M'krê baí. Je veux partir.
b) La
phrase complexe(avec subordonnée) est comparable à ce que nous connaissons, à ceci près que
généralement, le subordonnant "que" est absent.
M't' otxa l' ka tive manèra d'bé. Je pense qu'il n'a pas pu venir.
M'ouví dzé l' tava na Praía. J'ai entendu dire qu'il était à Praia.
És dzé'm és k' otxa'l. Ils m'ont dit qu'ils ne l'avaient pas trouvé.
c) L'interrogation.
1. Globale (réponse par "oui" ou par "non"). Elle s'exprime à travers l'intonation de la phrase, en accentuant le dernier mot de la phrase:
Bô ta bom? Tu vas bien ?
2. Partielle (commençant avec un mot interrogatif)
Manèr' k' bô ta? Comment tu vas?
Manèr' k' bô txamá isso? Comment tu appelles ça?
Le verbe peut être omis:
Manèr' nome d'es' kôza? Comment s'appelle ce truc-là?Quel est le nom de ce truc là ?
K'manèr k'sé nome ? Comment ça/il s'appelle, quel est son nom ?
Les différents mots interrogatifs (remarquez leur place dans la phrase)
Kem?(prononcer queign') Qui?
Bô é kemé? (prononcer kêgné) Qui es-tu?
L'é kem é? Qui c'est, lui?
Pa ké? Pour quoi (faire)? Dans quel but?
És é pa ké? Ça sert à quoi? (d'un objet)
Mod'ké ? Pourquoi? Pour quelle raison?
Mod'ké bô ka baí? Pourquoi tu n'es pas parti? Pourquoi tu n'y es pas allé?
Manèr(a) Comment, de quelle manière?
Manèr k' bô conségui isso? Comment as-tu réussi ça?
Manèr k' bô ta? Comment tu vas?
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- on: augmentatif.
grand': grand >> grandon: énorme
pé: pied >> péson: grand(s) pied(s)
kabessa: tête >> kabesson: grosse tête.
- in': diminutif, souvent
affectueux (équivalent du suffixe "ette" français)
boys: garçon >> boyzin': petit garçon
txuk: cochon >> txukin': petit cochon, porcelet
pèx: poisson >> pixin': petit poisson (et aussi le pénis)
pik'ni: petit >> pik'nitxi': tout petit
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