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MUSIQUE DU CAP-VERT :: LES STYLES : LE BATUQUE
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Tout comme la cola dont il serait un dérivé, le batuque est une musique des champs et des campagnes, celle qui animait les rassemblements familiaux ou religieux, celle qui faisait peur aux autorités coloniales à tel point qu'ils l'interdirent, sans grande efficacité. L'une des particularités de cette musique est que, traditionnellement, elle est jouée par des femmes: certaines se nouent un tissu autour de la taille et dansent au milieu d'autres, assises, tapant la mesure sur un paquet de tissus coincé entre les cuisses (puisque les maîtres blancs avaient interdit les tambours, et, plus généralement, tout ce qui pouvait rappeler l'Afrique).
Parmi les danseuses, une femme chante accompagnée du choeur des femmes assises. Comme s'il s'agissait d'une prophétesse inspirée par Dieu, l'assistance peut écouter ses improvisations pendant plusieurs heures sur les faits marquants de la vie agricole, donner des conseils sur la vie amoureuse ou sexuelle, ou entamer des concours de poésie avec ses concurrentes (c'est le finaçon). Peu enclin à tolérer ces incantations et ces comportements trop érotiques, l'Eglise fit pression pour faire interdire le finaçon. En 1866, l'administration interdit le batuque, qui "fait offense à la morale, à l'ordre et à la tranquillité publique, et qui s'oppose à la civilisation".
Parmi ces femmes, Nacia Gomi est au batuque ce que Cesaria Evora est à la morna: elle aussi a obtenu une reconnaissance du pays sous la forme d'un passeport diplomatique délivré par le gouvernement capverdien (à l'issue de la cérémonie, elle déclara qu'elle était contente de l'honneur qu'on lui faisait, en ajoutant qu'elle avait faim, après quoi le gouvernement lui alloua une pension). N´Toni Denti d´Oro (un homme, une exception) et Nha Mita Pereira sont d'autres noms associés au batuque.
Après l'indépendance, dans les années 80, un homme s'est tout particulièrement intéressé au batuque, en le jouant à la guitare et en créant des thèmes inédits.
Orlando Pantera reste un mythe dans la jeunesse de Santiago, mythe renforcé en 2001 avec la mort soudaine du mentor du nouveau batuque, à quelques jours de l'enregistrement de son premier album.
Depuis, on peut assister à l'apparition d'une génération de jeunes musiciens de Santiago (Mayra Andrade, Tcheka, Princezito et surtout
Vadu) qui suivent le sillon tracé par Pantera en chantant, en jouant un batuque qu'ils font eux aussi évoluer chacun à leur manière. Quant à
Lura, délaissant les accents pop et soul de ses anciens albums, elle a de bien belle manière repris en 2004 quelques morceaux du maître, ce qui lui a valu un beau succès.
Quelques extraits de batuque:
Ami Nacia Gomi, de et par Nacia Gomi, le batuque originel
Batuku, d'
Orlando Pantera, joué par Voginha
Batuku, le même, d' Orlando Pantera, chanté par Lura
Esperanca, de et par Vadu
Na ri na, d' Orlando Pantera, chanté par Lura
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MUSIQUE DU CAP-VERT :: LES STYLES : LE FUNANA
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Au début du 20ème siècle sur l'île de Santiago, le funana cristallisait toutes les hantises du colon portugais, déjà bien échaudé par le batuque, jugez plutôt: les paysans s'étaient appropriés les accordéons apportés par l'Eglise (essayez d'amener de grandes orgues dans l'intérieur de Santiago) pour inventer une musique minimaliste et rapide, sur laquelle les couples se trémoussaient d'une manière plus que subjective, des bagarres ou des assassinats ponctuaient régulièrement les bals. Du punk rural, de la musique de sauvages, voilà ce que les gouverneurs portugais devaient combattre.
Peine perdue.
Le funana traditionnel se joue à l'accordéon, il est rythmé par le frottement d'un couteau sur une barre de fer. Le grand compositeur et interprète est Codé di Dona (ou Kodé di Dona), un vieux garde-forestier de Santiago presque totalement inconnu jusqu'à l'indépendance.
Quelques années plus tard, un jeune émigrant de retour au pays se prend de passion pour le funana et cherche à lui donner un son plus actuel, plus conforme aux aspirations électriques de la jeunesse de la capitale. Carlos Alberto Martins, dit Katchass, crée le groupe Bulimundo et adapte le funana au synthétiseur, à la batterie et à la guitare électrique. Le succès est rapide sur Santiago, puis, dans une moindre mesure, sur les autres îles et dans les communautés capverdiennes à l'étranger. Le groupe se scinde, donnant naissance à Finaçon, groupe mené par les frères Zézé et Zeca di nha Reinalda, aux aspirations plus commerciales (il décrochera avec "Teia" un tube de l'été dans quelques pays européens, ce qu'on lui pardonne à l'écoute de la merveilleuse adaptation de Fomi 47 de Kodé di Dona). En 1988, Katchass meurt brutalement à l'âge de 36 ans: le funana électrique est solidement ancré, se payant même le luxe de proposer plusieurs versions, funana rapide ou lent, funana samba, funana-coladeira, etc. Jadis isolé dans les montagnes et les campagnes de l'île, méprisé par les élites, le funana a obtenu son droit d'entrée dans les discothèques prisées de Praia.
C'en est trop pour trois jeunes de Santiago, qui replongent dans les racines du funana en réhabilitant l'accordéon et la barre de fer, tout en gardant une amplification électrique. L'accueil réservé en 1997 à leur premier album, Fundu Baxu, propulse le groupe Ferro Gaita sur les planches de la scène nationale et internationale.
Dans un pays en pleine mutation politique et économique, Ferro Gaita a réussi le tour de force d'imposer un retour à un son plus proche du funana traditionnel, en se permettant quelques digressions vers la tabanka (en intégrant un joueur de buzio / lambis) et le batuque (en invitant Nacia Gomi sur scène ou en la faisant participer à l'enregistrement en studio).
Quelques exemples de funana:
Djosinho Cabral par Antonio Sanches et Tchota Suari.
Bulimundo, par Bulimundo.
Blimundo, repris au violon par Bau.
Bejo Bafalada, de et par Ferro Gaita + Zeca Nita.
Balanço, de et par Sema Lopi.
Cangonha, de et par Sema Lopi.
Sema Lopi, de et par Sema Lopi.
Chema Lopi, de Sema Lopi, par Africa Star.
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MUSIQUE DU CAP-VERT :: LES STYLES : LA TABANKA
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La tabanka n'est pas un style musical à proprement parler: il s'agit plus exactement d'une musique jouée par des confréries secrètes mises en place dans les villages d'îles du sud de l'archipel. Selon les tabankas, les fonctions de roi, reine, bouffon et ministres sont transmises par héritage ou donnent lieu à des élections: dans tous les cas, leur fonction est de résoudre les problèmes, apaiser les conflits, assurer la solidarité entre les membres, etc. La hiérarchie comprend aussi un maître de cérémonie, des laquais, des voleurs, comme une parodie du système politique existant (qui, dès 1712, s'empresse là encore d'interdire les tabankas).
La vie de la tabanka est ponctuée par les fêtes rurales ayant généralement lieu de mai à juin, pour célébrer l'arrivée de l'été. On sort alors les tambours, les buzios (lambis, conques) et les uniformes, pour organiser des défilés. La musique est minimaliste et répétitive, mais elle a pu influencer des musiciens comme Orlando Pantera ou Ferro Gaita.

Inutile de dire que, à cause de leur charme désuet, dans ce pays qui se construit chaque jour un peu plus, les tabankas traditionnelles disparaissent progressivement, à cause d'un faible recrutement chez les jeunes.
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MUSIQUE DU CAP-VERT :: AUTRES STYLES
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Pour finir ce tour rapide des styles musicaux propres au Cap Vert, il faut ajouter que d'autres rythmes sont joués sur certaines îles, de manière plus ponctuelle ou confidentielle: la mazurka, la valse, la contredanse, le fox ou encore, plus rarement, le tango. Des artistes comme Bau ou Paulino Vieira aiment à incorporer certains de ces rythmes dans leurs concerts ou enregistrements.
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