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Créole capverdien: o crioulo


Le créole est une dénomination générale pour les langues issues de la cohabitation entre des populations esclaves et leurs marchands ou leurs "maîtres".

Ce sont eux, marchands ou maîtres, qui ont imposé leur langue à des individus qui, peu à peu, se la sont appropriée, créant au fil des siècles des langages correspondant à leurs situations et à leurs besoins.

Le créole est la langue d'hommes et de femmes que l'on commande. On s'exprime avec eux principalement par des ordres sans prendre de précautions de langage, et sans veiller à ce qu'ils acquièrent les structures des langues de leurs exploitants.

Le cas de Mindelo s'inscrit dans le cadre des créoles d'origine lusophone, les marchands ou les maîtres étant essentiellement portugais. Il en va de même pour tout l'archipel du Cap Vert, comme pour la Guinée Bissau, l'Angola ou le Mozambique.

Une des particularités du Cap Vert réside dans le fait que marchands et esclaves sont arrivés simultanément sur une terre inhabitée. On ne rencontre donc d'aucune part de prédominance ni ethnique ou raciale notoire, ni linguistique. L'origine des esclaves était volontairement diversifiée par les marchands, souhaitant ainsi briser toute velléité d'union pouvant mener à une rébellion ou une révolte. Familles et ethnies étaient volontairement séparées.

Le portugais devient donc la seule langue de communication entre des êtres issus de territoires et de cultures différents et c'est sous la contrainte que les esclaves s'approprieront la langue des dominateurs, peu enclins à la pédagogie. Ceci explique certains phénomènes des créoles en général, du créole du Cap Vert en particulier.

On verra dans les chapitres qui viennent que la conjugaison des verbes se réduit pratiquement à une forme unique. On ne sera pas étonné de constater que cette forme est proche de l'impératif singulier en portugais, temps de l'injonction ou de l'ordre.

Le portugais est une langue à l'accent tonique fortement marqué, beaucoup plus que le français par exemple. Il en résulte, pour l'oreille des esclaves peu exercée à la phonologie lusophone, la perception nette de syllabes accentuées et donc clairement articulées mais l'omission des syllabes non accentuées et presque muettes.

C'est ainsi que va s'élaborer un corpus linguistique qui sera réduit à une sorte de "substantifique moelle" du portugais, augmenté d'éléments d'origine africaine.

On peut oser cette interprétation quelque peu néo-romantique du maître qui invective ou injurie ses esclaves plus qu'il ne leur parle, criant, ordonnant, menaçant ou punissant. Et l'on sait que ce mode d'expression réduit en général la syntaxe à ses structures les plus rudimentaires.

Ce sont toutefois ces rudiments tant de syntaxe que de vocabulaire que les esclaves ont su développer pour en faire une langue, leur langue : le créole.

Il va de soi que le créole, chargé de culture autant que toutes les autres langues du monde, est une langue essentiellement orale, qui, pour des raisons historiques et politiques, ne fait que flirter avec l'écrit. Les linguistes qui se sont penchés sur le créole de Praia ne sont pas tous du même avis quant à l'orthographe. Il n'existe donc pas d'orthographe arrêtée du créole, et encore moins de celui de São Vicente.

Pour notre part, nous avons choisi de soumettre notre travail à des capverdiens de São Vicente, dont la maîtrise, tant du portugais que du créole nous assuraient d'une grande impartialité, et de versions orthographiques fiables.

Il a fallu néanmoins prendre certaines options.

On trouve des constantes, telles que l'utilisation du {k} correspondant à notre {qu} ou {c} devant {a}, {o} et {u}, ainsi que du {x} correspondant à notre {ch}. Il ne faut pas oublier que jusqu'en 1975, le Cap Vert était une colonie portugaise et il nous semble que l'utilisation de ces deux graphèmes, principalement le {k} car le {x} existe également en portugais, repose plus sur une volonté de se démarquer nettement de la langue du colonisateur, que sur des fondements linguistiques.
L'orthographe n'est toutefois pas entièrement phonétique, en ce sens que l'on ne peut pas dire qu'un signe ou graphème corresponde de façon systématique à un son ou phonème.

Nous utiliserons ici une graphie créole, parfois proche, parfois différente de l'orthographe portugaise que nous accompagnerons, le cas échéant, d'une graphie "francisée", donnée à titre indicatif, pour ceux qui ne connaissent pas l'alphabet phonétique international.

La langue officielle du Cap Vert est le portugais. C'est lui qui est utilisé dans les écoles, les lycées, les administrations, à la télévision ou à la radio, du moins en théorie. Le portugais est sans aucun doute la langue de l'écrit, mais il faut reconnaître que la communication orale se fait la plupart du temps en créole.

La reconnaissance du créole comme langue officielle est un véritable débat national, dans lequel nous nous garderons bien de prendre position.

Il faut bien admettre que, même dans un pays de 400 000 habitants, il n'existe pas un, mais des créoles. Un habitant de Mindelo comprend difficilement un habitant de Santiago, surtout si celui-ci vient de l'intérieur de l'île, Assomada ou Santa Catarina par exemple.

Le fait que le Cap Vert soit un archipel a accentué avec le temps l'isolement des populations de chacune des îles et, même si l'on classe les créoles du Cap Vert en deux grands groupes, ceux des îles "au vent" et ceux des îles "sous le vent", on constatera que même deux îles très proches telles que Santo Antão et São Vicente ont des créoles différents.

Officialiser l'usage du créole passerait obligatoirement par le choix d'un créole par rapport aux autres, et par conséquence comporterait un risque de marginalisation des autres variantes du créole capverdien.

Nous nous consacrerons dans les pages qui suivent presque exclusivement au créole de São Vicente. Il pourra vous être utile également à Santo Antão, São Nicolau, Boa Vista ou Sal. Vous serez compris à Santiago, Fogo, Brava ou Maio mais les points de repère qui pourront vous être donnés ici ne vous aideront pas à comprendre.

Le créole de São Vicente est, nous semble-t-il, le plus facilement abordable pour un européen.
L'histoire de cette île, la dernière peuplée du Cap Vert, fait de sa langue la plus "jeune" mais aussi la plus cosmopolite du pays. Le peuplement s'est fait à partir des autres îles les plus proches, principalement Santo Antão et São Nicolau à l'époque où le port de Mindelo connaissait son heure de gloire grâce aux navires à vapeurs qui traversaient l'Atlantique et qui y faisaient escale pour remplir leurs cales de charbon. Le fait que ce marché du charbon ait été pris en charge par des Anglais a eu une influence certaine sur la langue.

On rencontre ainsi des mots anglais à peine modifiés et spécifiques au créole de São Vicente. On trouve également quelques rares expressions issues du français, celles-ci proviennent en fait plutôt du créole de Santo Antão. D'aucuns aiment à y voir la trace d'une présence française sur cette île mais rien ne l'atteste.

Les amis capverdiens qui nous ont aidé dans la relecture de ce travail sont des personnes cultivées, qui ont accompagné et soutenu les luttes d'indépendance de leur pays et qui portent au plus profond de leur cœur l'identité de leur nation. Nous pensons avoir remarqué que, lorsqu'il s'agit de l'orthographe, ils oscillent entre une refonte totale de cette dernière vers une orthographe phonétique, et une orthographe partiellement étymologique directement issue du portugais.

Sans chercher à faire des extrapolations approximatives sur l'identité capverdienne, ce au risque de généralisations toujours abusives, disons du moins que cette oscillation, cette hésitation semblent être le reflet de toute l'ambiguïté de cette créolitude de chaque instant. Ici, on n'est ni européen, ni africain, ni américain du sud ou brésilien pour être plus précis. On n'est rien de tout ça, mais on est un peu de tout ça.

Ce métissage des races, des cultures et de la langue est un phénomène particulièrement subtil, d'autant qu'il se réalise sur des îles, elles-mêmes microcosmes raciaux, culturels et linguistiques. Nous ne sommes pas inquiétés en abordant ce pays, car nous avons le sentiment d'y trouver vite nos repères. Il faut du temps pour se rendre compte, qu'en fait, ces repères sont faussés.

D'autant plus de temps que les éléments qui caractérisent cette "capverdianité" sont parfois à peine perceptibles, parfois déroutants, souvent inattendus. Ils ne seront généralement pas exprimés, même par les capverdiens qui, pour avoir vécu ailleurs, seraient plus à même de nous aider à les percevoir. C'est à nous de les découvrir.

Dire que la nation capverdienne ne ressemble à aucune autre est une banalité.

Toutefois il ne faut pas l'oublier, et justement parce que l'on peut ne pas percevoir les différences, nous devons bien nous garder de fonctionner par rapport à nos repères européens.
Même si à sa manière, la France, sa population et sa langue, fruits de deux millénaires de métissages au niveau européen, est aussi une forme de pays créole, cette notion est sortie de notre mode de pensée. Nous ne sommes pas pour rien le pays des encyclopédistes et le cartésianisme reste un des principes majeurs de notre mode de pensée.

Ce n'est pas le cas du Cap Vert. Et pour en revenir à notre sujet, nous aurions aimé systématiser l'orthographe. Quelle ambition présomptueuse ! Heureusement, les amis capverdiens qui nous ont aidé nous ont ramené à des intentions plus modestes et plus justes, celles de la fidélité et du respect à leur langue, à leur culture et à leur volonté.

A Mindelo, la vie est entièrement tournée vers l'extérieur. La ville est née de son port et aujourd'hui, même à l'heure des voyages en avion, la mer amène encore un nombre considérable de visiteurs. Certains ne font qu'y passer, d'autres s'y arrêtent. Beaucoup s'y sentent chez eux. Aucun n'y est indifférent.

São Vicente est l'une des îles les plus arides du Cap Vert, les paysages y sont lunaires, la nature semble inhospitalière. Peut-être est-ce pour cela que les Mindelenses ont faite leur la "Morabeza", ce sens de l'accueil, cette simplicité du partage et de la convivialité. Nous espérons que les pages qui suivent vous aideront à mieux l'apprécier.

Voir les 7 commentaires | Enregistrer le vôtre

LE CREOLE (commentaires)

Laura | Le: 22/05/2014 à 15:08
Bondia, ce site est bien mais j\'aimerais apprendre plus de phrase construite ! Obrigado
grenousa | Le: 29/03/2014 à 17:52
tout d\'abord, merci beaucoup. j\'ai vraiment appri beaucoup grâce à vous, tout est clair et utile. J\'espère pourvoir utiliser tout ça un jour! et quelle surprise l\'on peut faire à nos amis créoles! Merci encore et continuez!
angy77 | Le: 11/03/2013 à 12:35
Bonjour, Site très intéressant. Néanmoins, je ne trouves pas la traduction de \"Bon appétit\" ou encore\" bonne nuit\" ou \"bonne journée\". Dommage.
betty | Le: 05/02/2013 à 13:15
Merci pour ce dico vraiment chouette. J\'adore l\'humour mais je n\'aimerai pas trouver un chient mort dansant dans ma douche !
En tout cas, il m\'a été utile ! (le dico, pas le chien !)obrigad\' encore.
Mic Dax (admin) | Le: 08/01/2013 à 1:04
Bonjour! Je n\'ai jamais vu de dictionnaire qui réunisse toutes ces langues, si c\'est bien ce que vous recherchez...
jl | Le: 04/01/2013 à 11:21
Dabord,bonne année 2013 à tout le monde!

trés informatif,ainsi que votre site
Je cherche un dictionnaire Créole (Sao Vicente)- allemand/anglais/français.Merc i pour toute information (luzoss@pt.lu)
Arroz | Le: 06/02/2012 à 17:45
Merci !! Ce site est très bien ... j adore, ajoutez ajoutez...
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