Comme bien souvent au Cap Vert, Tcheka a grandi dans une famille de musiciens; avec un père violoniste fier de sa réputation et un frère (parmi dix) chargé de son éducation musicale, le jeune Manuel Lopes Andrade n'a pas vraiment eu le choix. Tout petit déjà, il se pliait aux exigences du père en l'accompagnant dans les bals et les fêtes de mariage, et c'est seulement quelques années plus tard - des années à jouer les standards traditionnels sur les cordes d'une guitare bricolée - qu'il finit par y prendre goût.
Le parcours discographique de Tcheka est étonnamment linéaire; un premier morceau pas spécialement fameux sur une compilation anecdotique "Cap vers l'enfant II", la participation à une superbe compilation regroupant les artistes prometteurs de la nouvelle génération sur Santiago (Vadú, Princezito, Tcheka, Djingo), la signature d'un contrat chez le grand et boulimique label franco-capverdien Lusafrica débouchant en 2003 sur "Argui!" son premier CD, puis sur "Nu Monda" en 2005 accompagné d'un DVD.
S'il inclue des morceaux très attachants, "Argui!" ("lève-toi!") était cependant décevant, puisque le jeune Tcheka a cédé à des arrangements musicaux souvent trop sirupeux, avec l'appel à des instruments certes dans le vent, en tout cas à la "norme Lusafrica", mais sans rapport avec sa propre musique.
Attention, il n'est pas question de dire que cet album (qui reprend les deux titres prêtés à Lura, "Tabanka Assigo" et "Ma N'ba dês bês kumida dâ") n'a aucun intérêt, ce serait présomptueux autant qu'injuste; il s'agit plus simplement de prévenir l'amateur qu'il n'est pas à la hauteur de ce qu'on pouvait en espérer. Tcheka ne cache d'ailleurs pas que son deuxième album est beaucoup plus personnel. Et c'est vrai; à l'écoute de l'album "Nu Monda", on ne peut s'empêcher de penser - avec bonheur - que Tcheka démarre là où Orlando Pantera s'est arrêté.
Tout y est, la pureté du son, les thèmes originaux abordés avec finesse et humour, la recherche dans les rythmes, le jeu de la voix qui court, s'arrête, rebondit.
Mais c'est avec une grande fermeté que Tcheka réfute toute influence de Pantera, en précisant - avec raison - qu'il ne se limite pas seulement au batuque, rythme de Santiago que Pantera a rénové (le "na ri na" de Lura, c'est lui).
On peut toutefois avancer sans prendre le risque d'offenser quiconque que le compositeur-interprète disparu en 2001 aura ouvert une voie qui profite aujourd'hui à Tcheka et que lui aussi assure avec talent un travail de défricheur.
Accompagnant l'album, un DVD permet de rejoindre Tcheka à Ribeira de Barca, son village natal, quelques dizaines de maisons de pêcheurs sur la côte ouest de Santiago.
Dans un portrait signé par l'incontournable Eric Mulet, le chanteur s'amuse, respire, hume l'océan, vide les poissons, fouille la terre et ses souvenirs. Parcourant une longue route, une femme porte des litres d'eau sur sa tête, puis l'image devient floue. On retrouve Tcheka à plusieurs milliers de kilomètres de là, lors d'un concert donné à Lisbonne, face à un parterre d'admirateurs appréciant l'enthousiasme de ce jeune créole qui parle et plaisante en créole de Santiago, le badiu. Les oeuvres filmées concernant le Cap Vert étant rares, ce DVD aux images brutes et fidèles a plus de valeur que bien des documentaires diffusés ces dernières années.
Décès de Nho Raul Andrade, père de Tcheka, le 12 juillet. Quelques semaines plus tard, le chanteur déclare "Il disait qu'il ne comprenait pas ma musique, mais j'appréciais son opinion. Il trouvait que j'introduisais des accords étranges. Mais je cherchais toujours son avis. Le fait de jouer est une manière d'être plus proche de lui aujourd'hui. Chaque fois que je joue, je suis avec lui. Ce que je fais, c'est grâce à lui et, d'une certaine manière, il a apporté sa contribution à la musique capverdienne".
Pour la première fois, participation au festival de Baia das Gatas sur l'île de São Vicente, le 20 août 2005.
En septembre 2005, Tcheka est sélectionné pour être l'un des trois finalistes du prix RFI Musiques du Monde.
Le 10 novembre 2005, Tcheka remporte le trophée RFI Musiques du Monde 2005.
Le 7 décembre, Tcheka se rend en Espagne pour une rencontre avec le chanteur brésilien Lénine, dans le cadre d'un projet espagnol de rencontres entre musiciens de divers horizons devant déboucher sur la sortie d'un CD et d'une tournée internationale.
Tcheka enregistre deux titres ("Naia" et "Satanaz") sur le CD "Praia-Dakar Conexões" sorti en décembre 2005: cette compilation réunissant par ailleurs les capverdiens Princezito, Neusa et Djoy Amado (tous de Santiago) et des percussionnistes sénégalais, cette compilation a été réalisée par Manu Lima (ex-fondateur de Cabo Verde Show avec Boy Gé Mendès et René Cabral) et souligne le lien étroit unissant le Cap-Vert et le Sénégal. L'écoute de l'extrait de Naia est fortement recommandée.
[2006]
Participation au festival de Baia das Gatas 2006, le vendredi 11 août, où il remporte un vif succès.
[2007]
Enregistre son troisième album à partir du mois de mai, au Brésil, sous l'oeil du compositeur-interprète Lenine.
[2007] LONGI Acheter ce disque
Annoncé pour le 5 novembre 2007.
1. Dam bu mon
2. Ana Maria
3. Tadja Korbu
4. Lonji
5. Tuti Santiagu
6. Sabu (1)
7. Primeru bes kin ba cinema (2)
8. Telemovel
9. Fla mantenha
10. Lingua pretu
11. Argui (3)
12. Sisterna
13. Tenpul nona negul pinha
14. Tété Landim
(1): déjà interprété par Gabriela Mendès
(2): reprise de la compilation Ayan
(3): reprise du premier album
Tcheka est nommé dans la catégorie "Meilleur chanteur africain" aux Kora Awards 2008. Annonce des résultats en décembre.
Sortie en novembre du disque "Yuntamón" du groupe Batuko Tabanka, formé par des femmes capverdiennes vivant en Galice. Tcheka, Vadu, Antoni Denti d´Oro, Nacia Gomi ainsi que Jon Luz sont venus leur prêter main forte lors de l'enregistrement, ainsi que de nombreux musiciens de Galice. Deux morceaux de ce beau projet sont téléchargeables légalement et gratuitement sur ce site.
Mmmmmh, à aucun moment il n'est établi de comparaison entre Tcheka et Pantera: le plus humblement du monde, je me permets juste d'avancer - en me trompant peut-être - que Tcheka n'aurait probablement pas eu le même destin si Pantera n'avait pas ouvert la voie quelques années plus tôt. A propos de Sat...
De Kruja Le 07/08 à 19:11
Encore une fois les superlatifs et une malencontreuse comparaison avec Orlando Pantera!! Aucune comparaison possible et imaginable avec celui après qui tous ces pseudo talents courent, Tcheka en tête de liste. Phénomène de mode, il trompe bien son public avec une interprétation braillarde et bâclée, ...