
C'est de la guitare de
Kim Alves que sont sorties les premières notes de musique du festival: habitué à accompagner les artistes capverdiens (dont Maria de Barros l'année précédente), c'était la première fois qu'il montait sur la scène de Baia pour jouer ses propres compositions, sorties en 2006 sous forme du très beau disque "Dança das Ilhas".
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Le programme prévoyait qu'il accompagne ensuite un premier défilé d'interprètes, hélas peu connues du public capverdien:
Paula Teixeira, Betina Lopes, Denis, Ceuzany,
Arlinda Santos. Chargée de clore ce premier spectacle,
Nancy Vieira venait présenter son tout nouvel album
Lus sorti trois semaines plus tôt.

Kim Alves laissa alors sa place à deux autres instrumentistes talentueux: accompagnant d'autres voix,
Bau et Voginha prirent le relais à 23h30 et s'arrêtèrent le lendemain à l'aube, à 5h30. Un véritable défi physique et mental, surtout quand il s'agissait de jouer avec quelqu'un comme
Paulino Vieira, on y reviendra.

Après le jeune Edson et la demoiselle Janise, la première grande voix à réouvrir le bal fut
Fantcha, dont le look fit sourire ou rire toute la baie; le show ne fut malheureusement pas à la hauteur de la réputation de la chanteuse installée aux Etats-Unis, il fallut attendre un concert en ville, quelques jours plus tard, pour profiter pleinement de son talent.
C'est une autre voix capverdienne vivant à l'étranger qui suivit: chaleureuse, expressive, enthousiaste et déployant de vrais talents de comédienne, l'infatigable
Celina Pereira réussit à réveiller le public avec de vieilles chansons traditionnelles comme Blimundo ou Nho Manel Jaquim, ou avec des compositions plus récentes (Malandro chique, de
Tito Paris, autrefois repris par Ana Firmino) et l'on vit l'artiste heureuse (jusqu'à en être bouleversée) de voir les jeunes générations reprendre en choeur les refrains qu'elle défend bec et ongles depuis plus de trente ans.
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Après le passage de
Constantino Cardoso (déjà invité en 2006), c'est avec une réelle émotion que le public écouta la merveilleuse voix de
Titina, et, comme à chacun de ses trop rares passages, les spectateurs furent nombreux à regretter que, partie vivre au Portugal, elle n'ait jamais connu le même succès qu'une autre grande dame,
Cesaria Evora. Là encore, toutes les tranches d'âges étaient représentées, et c'est sous des applaudissements nourris que
Titina quitta la scène.
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Avec
Mindau qui était accompagnée de ses fils et qui chantait des compositions de son mari, on avait l'impression bizarre d'être plongé un peu malgré soi dans une réunion de famille: l'attention remonta un peu quand
Dudu Araujo monta sur scène, pour, curieusement, chanter à peu près les mêmes morceaux que ceux interprétés l'année précédente.
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A presque trois heures du matin, pour son premier passage - enfin! - à Baia,
Mariana Ramos réussit à réveiller le public endormi et affamé le temps de chanter un magistral "Mundo Ca Cré" (sept minutes de bonheur) et de dévoiler un peu de "Mornador", son prochain album.
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Même à cette heure, une pause s'imposait pour aller se ravitailler dans l'une des nombreuses baraques entourant la scène. Au milieu de la nuit, l'assistance eut encore la force de se ruer sur les poulets grillés, les brochettes de porc et les murènes frites, le tout arrosé de bière locale ou portugaise. Mais l'orgie fut de courte durée, personne ne voulant rater l'arrivée de l'artiste suivant:
Paulino Vieira, de retour au pays, après une sorte d'exil volontaire de plusieurs années.
Car le fils chéri de l'île voisine de São Nicolau s'est fait rare: très en colère contre l'évolution de la musique capverdienne, très remonté contre les producteurs de disques, après avoir signé au cours des trois dernières décennies les arrangements d'un très grand nombre de disques d'artistes nationaux, après avoir lutté pour que les droits de l'oeuvre Sodade reviennent à son auteur légitime, Paulino Vieira revient au Cap-Vert pour un concert unique (un autre suivra quelques jours plus tard, dans un grand hôtel de Mindelo), répondant en cela à l'invitation de Zau, la maire de São Vicente, partie à Lisbonne pour le rencontrer et lui promettre qu'il serait accueilli dans l'île avec respect et tendresse, qu'il serait choyé.

Compositeur génial, musicien talentueux et touche-à-tout, il a signé des chefs d'oeuvre, dont le "M'cria ser poeta" que les capverdiens peuvent difficilement écouter sans être émus, il fut aussi l'artisan méticuleux de certains des plus beaux albums de Cesaria Evora, avec qui il finit malheureusement par se fâcher. "Malheureusement", puisque c'est en grande partie ce qui le fit s'éloigner des scènes et des studios.
A Baia, dans la nuit du 3 au 4 août 2007, dès que les premières notes d'harmonica retentirent, on sentit que le moment serait unique, un frisson courut dans l'assistance. On aurait pu redouter les sautes d'humeur du maestro, connu pour avoir écourté des représentations après avoir accusé le public d'être trop peu attentif, ou la climatisation d'être trop forte, ou pas assez. Mais dans cette baie des requins-chats, sous les étoiles, et déjà touchés par
Titina et
Celina Pereira, les capverdiens savaient que le plus beau restait à venir et qu'il n'y avait rien à craindre.
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Ca aurait pu être David Carradine: coiffé d'un chapeau de paille, vêtu d'une veste de cuir marron clair, ceint d'une écharpe, portant constamment son sac à l'épaule, la silhouette de Paulino Vieira fit le tour de la longue scène baignée de lumière pour saluer chacun des musiciens, s'inclinant respectueusement devant eux, comme pour les remercier d'être restés aussi tard.

Outre
Bau et
Voginha, il y avait là
Teck le saxophoniste,
Jimmy le bassiste (qu'on retrouvera le surlendemain à la tête de son groupe de reggae),
Djasa au cavaquinho, etc. Peut-être était-ce surtout pour les encourager, à quelques secondes du début des combats. On le savait déjà, les répétitions menées dans le quartier de Monte Sossego avaient été rudes, les exigences du
mestre n'étant pas négociables: il se racontait en ville qu'à plusieurs reprises on avait frôlé le clash chez des musiciens pourtant déjà rompus au perfectionnisme de
Bau.
On commença par "M'cria ser poeta", entonné par une foule prise d'émotion. Pédagogue, feignant probablement par modestie d'ignorer que l'initiative était inutile, Paulino Vieira annonçait les paroles pour que le public puisse les reprendre, alors que tout le monde les avait naturellement sur les lèvres. Tel un chef d'orchestre qu'il ne cessa jamais d'être pendant les 90 minutes suivantes, il avertissait ses musiciens des prochains changements de rythme ou de tonalité, leur demandait d'aller crescendo ou piano, sans jamais perdre le contrôle de la situation.
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Durant le concert, il chantera mais ne jouera que peu et uniquement à l'harmonica, en s'asseyant toutefois aux claviers en solo pour permettre aux musiciens de se reposer quelques minutes. Et puisqu'on en est aux petits regrets, on s'étonnera du manque d'espace réservé au mixage pour les guitares de Bau et Voginha, parfois complètement écrasés par le saxophone ou les claviers.
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Si Paulino Vieira sut majestueusement régner sur Baia en enflammant l'ambiance avec un gospel blues ou avec le funana tourbillonnant "Sol di manha", c'est probablement avec la reprise de "Nha Primero Lar" que la communion entre le génie et son public fut la plus forte, quand des milliers de voix chantèrent ensemble "
Oi oi oi oi / Tristeza na nha coraçon / mi sentod na beira-mar / mi so ma Deus / testemunha dess nha dsillusão / m'ta lembra / nha primero lar" (tristesse dans mon coeur, assis au bord de la mer, seul avec Dieu témoin de ma désillusion, je me souviens de ma première maison).

Applaudissant ses musiciens, invitant le public à en faire autant, saluant le talent d'un soliste, promettant de ne jamais oublier ce moment, Paulino montra tout au long de son set une humanité presque déconcerte, une attitude peu ordinaire qui culmina à la fin du concert quand il pria le public de repartir en paix et de bien se comporter dans la vie: "
e por favor, por favor, bzot ta fazê cosa dret na vida, bzot ta respeita companher, por favor". C'est avec la plus légère "Nha Chica d'Nha Maninha" de
Manuel de Novas que l'enfant de São Nicolau choisit de répondre à l'ultime rappel du public, un public épuisé mais encore sous le charme du bon génie quand il fallut rejoindre Mindelo sous les premiers rayons de soleil.
SAMEDI

S'il faut être totalement inconscient ou ultra-rigide pour exiger que les horaires annoncés soient respectés, même les plus tolérants eurent un peu de mal avec le retard de près de quatre heures, pendant lesquelles le public dut supporter une balance pas des plus agréables.
Mais rien ne pouvait entamer la bonne humeur des milliers de spectateurs, venus en masse pour pouvoir assister au retour de
Livity, groupe de coladeira-love des années 80.
C'est le groupe
Mix Cultura de Santo Antão qui eût le privilège de battre le rappel: les jeunes de Ribeira Grande eurent du mérite, il n'était pas facile de s'extirper de cette douce torpeur, causée aussi bien par une chaleur orageuse que par plusieurs dîners successifs qu'il fallut raisonnablement arroser pour pouvoir tromper l'attente. Pari réussi, la foule apprécia les compositions du groupe ou les reprises de
Tcheka, avec un "Mama Doka" revisité et transcendé par le cavaquinho Titita bien déjanté comme à son habitude, sans complexe sur cette première grande scène.
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Après quoi: le rap du
Boss AC (qui, en digne représentant du hip-hop capverdien au Portugal, invita sa mère la chanteuse
Ana Firmino à le rejoindre sur scène), les rythmes de
Zouk Machine, la musique variétoche de
Netinho da Baia, et les dinosaures de
Livity. Vous l'aurez compris,
Mindelo Infos a payé le prix des nuits précédentes un peu trop courtes: s'il n'était pas question de rater Mix Cultura, l'intérêt des shows suivants a été subitement relativisé par le manque de sommeil...
DIMANCHE

Renforcée par l'arrivée d'une amazone aux pieds nus et d'un marin par ailleurs fidèle client de la TACV, l'équipe de
Mindelo Infos était prête à affronter une nouvelle nuit babylonienne, inaugurée par le groupe de reggae local,
African Roots, qui a fait sienne la scène de Baia puisque c'était là son cinquième passage, marqué par une maturité et par des morceaux plus consistants. Big up à ces jeunes vétérans, spécialement pour le morceau "Durmi Ptinzim", pour des raisons sentimentales évidentes.
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Ce fut ensuite le tour de Foncho, groupe canarien jouant du Reggaeton, un style ayant les faveurs des plus jeunes et qui présente l'avantage de permettre aux plus vieux d'aller refaire le monde dans les bars voisins...

C'est à 22h30 que
Mayra Andrade monta sur scène, devant un public nettement moins nombreux, assurément décimé par de nouveaux retards et par les abus éthyliques des jours précédents. Son batuque jazzy curieusement placé en plein milieu d'une célébration du reggae, certainement en raison de son propre calendrier et de sa tournée internationale, la jeune fille sut néanmoins conquérir les spectateurs après une période de flottement.
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Sûre d'elle, n'ayant pas l'air de subir la pression, c'est quasiment seule qu'elle chanta "Dispidida" d'
Orlando Pantera en s'accompagnant d'une guitare accoustique, mais c'est au son du funana
Tchon di Massa Pé (un morceau que Mayra a pris littéralement à bras-le-corps en marquant elle-même le rythme avec le ferro) que la glace a fini par se briser définitivement. Plus tard, après 45 minutes de concert, elle termina sur une version presque manouchisante de "Lua" de
Princezito.
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Après une courte pause, c'est un ancien combattant qui prit place face à plusieurs centaines d'amateurs de reggae: il y a quelques décennies,
Junior Marvin a accompagné Bob Marley au sein des Wailers. Mais c'était il y a quelques décennies, et le concert fit malheureusement penser à une pathétique caricature de show reggae, avec tout l'attirail vestimentaire rasta réglementaire. Si le jeune public éreinté appréciait benoîtement ce qu'on lui infligeait, ceux qui étaient venus écouter l'auteur du subversif "Police & Thieves" (succès mondialement connu après la reprise que le groupe Clash en avait fait dans les années 70) avaient bien du mal à cacher leur déception en subissant un reggae aussi conventionnel et totalement dépourvu d'originalité. Mauvaise pioche.

Heureusement, les énergiques
Ferro Gaita prirent la scène d'assaut (pour la cinquième fois depuis 1998) pour faire goûter aux derniers survivants une douzaine de funanas de leur cru. Au milieu du concert, la petite foule se déhanchait en reprenant "
é si propi ki n'ta krê, é si propi ki n'ta gosta" (c'est vraiment ça que je veux, c'est vraiment ça que j'aime), comme pour confirmer son attachement au très beau festival de Baia das Gatas, qui se termina une fois de plus au milieu de la nuit.
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Cette édition 2007 fut aussi celle de rendez-vous malheureusement manqués; et à ce titre
Mindelo Infos envoie ses salutations à Joaquim de Mix Cultura, à Humberto Ramos, mais aussi aux deux fistons de Tony T, à Philippe des Iles du Soleil, à Katia, à Mariana et à Dan, à Philippe le clarinettiste savoyard, à Milanca la groupie, ainsi qu'à Bibo et Candela (en souvenir de 2006).